08 janvier 2009
D'un pôle à l'autre sans quitter Paris
2009 est l'Année Mondiale de l'Astronomie (et aussi l'année Darwin et celle du gorille, et de certainement beaucoup d'autres choses encore), mais l'Année Polaire Internationale 2007-2008 s'attarde encore un peu alors profitons-en.
En ce moment, à Paris, deux expositions mettent en lumière l'intérêt des pôles pour l'étude du climat. Pôle Nord avec le Tara, qui fait escale pont Alexandre III, ou pôle Sud au Musée des Arts et Métiers ? A vous de choisir... (ou pas, comme moi !)
Au Musée des Arts et Métiers ; jusqu'au 30 avril 2009
Atmosphère... le climat révélé par les glaces.
L'exposition s'ouvre sur une autre Année Polaire, l'Année Géophysique Internationale 1957-1958, et la mission de 3 scientifiques français enfermés de leur plein gré pendant un an dans la minuscule station Charcot (24 m² au milieu du désert de glace de l'Antarctique). Elle se referme, 50 ans plus tard, sur la station Concordia (avec ses conditions moins spartiates !) et les recherches actuelles.
Au total 5 salles couvrent chacune un thème (L'année géophysique internationale 1957-1958, Aux confins de l'atmosphère, L'atmosphère fragilisée, Le climat s'emballe, La collaboration internationale : Concordia), toujours illustré par des instruments de mesure appartenant au musée.
L'exposition aborde à la fois l'étude de l'atmosphère actuelle (pour laquelle les pôles sont un lieu privilégié), avec ses mystères (aurores boréales) et celle des atmosphères passées, dont des échantillons ont été piégés dans les glaces d'Antarctique. Mais, tout comme les recherches menées là-bas, elle ne se limite pas à l'atmosphère : l'océan et la biosphère sont d'autres acteurs et indicateurs du climat.
Une exposition riche, avec de nombreux supports (instruments, films, maquettes) et qu'on peut aborder sous plusieurs angles (il existe notamment un parcours enfant).
Informations pratiques :
Musée des Arts et Métiers, 60 rue Réaumur, Paris 3e (M° Arts et Métiers, Réaumur Sébastopol
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 21h30.
Tarif : 5,50 € (réduit : 3,50 € et gratuité sous condition) (astuce : je suis entrée gratuitement après avoir trouvé des invitations non nominatives sur les présentoirs dans le hall du musée - ouvrez l'oeil !)
visite guidée sans supplément ni réservation tous les jours à 15h30 (visite supplémentaire à 14h samedi et dimanche)
Site internet : www.atmosphere.artsetmetiers.net (bibliographie et webographie disponibles)
Port des Champs Elysées, à deux pas du pont Alexandre III, rive droite ; jusqu'au 18 janvier 2009
Tara, voyage au cœur de la machine climatique
Une exposition moins académique (rien que par le lieu), plus médiatique certainement que la précédente, qui nous transporte, cette fois, en Arctique. La célèbre goëlette polaire Tara est amarrée sur les quais de Seine avant de repartir en expédition, pour silloner les océans du globe.
De septembre 2006 à février 2008, Tara (l'ancien Antarctica de Jean-Louis Etienne qui fut ensuite le Seamaster de Peter Blake, rebaptisé Tara par le directeur d'agnes b. Etienne Bourgois), piégé dans la glace, a dérivé avec la banquise arctique dans le cadre de la mission scientifique Tara-Damocles. A son bord, une équipe de 7-8 "taranautes", renouvelée à plusieurs reprises, et constituée de scientifiques, journalistes, photographes, réalisateurs...
L'exposition veut rendre compte de cette mission scientifique - qui a porté sur l'étude de 3 composantes du climat : l'océan, la basse atmosphère et la glace - mais aussi de l'aventure humaine que représente cette dérive de 505 jours à travers la banquise, dont 230 de jour permanent, 230 de nuit permanente et 50 avec des températures positives !
Une mise en scène attrayante, une approche multisupport (son, image, vidéos, manipulations), une traduction en anglais en font une exposition destinée à un large public. On peut regretter que l'aspect scientifique ne soit pas plus poussé (il est vrai que le matériel rapporté doit encore être en cours d'étude), mais différents numéros du "journal du Tara" sont mis à disposition gratuitement pour ceux qui veulent en savoir plus.
En plus de l'exposition, selon les conditions météorologiques, le bateau se visite aussi... malheureusement, juste de l'extérieur (le pont), mais la visite est guidée par un des membres de l'expédition !
Informations pratiques :
Port des Champs-Elysés, pont Alexandre III (M° Champs-Elysés Clémenceau ou Invalides)
Tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi matin et le mardi toute la journée.
Tarif unique : 5 € (gratuit pour les moins de 12 ans).
Site internet : Tara au coeur de Paris
A consulter aussi
Site de l'année polaire internationale en France (et site international)
Tara-expéditions : site et blog
Programme européen de recherches DAMOCLES
Site pédagogique sur l'expédition Tara Arctic - Damocles
Emission La Tête au carré (Mathieu Vidard, France Inter) du 16 décémbre 2008 sur les pôles, avec Claude Lorius en invité (Claude Lorius a vécu un an dans la base Charcot en 1957-1958, avec Jacques Dubois et Roland Schlich). En écoute à la carte jusqu'au 15 janvier 2009.
Blog d'Anne-Mathilde, hivernante à la base Dumont D'Urville en Antarctique pendant l'Année Polaire Internationale 2007-2008.
76° Sud, Chronique de la vie dans un congélateur, par Jonathan Zaccaria, à la base Concordia, Antarctique pour 16 mois en 2008-2009.
24 novembre 2008
Gros plan sur la fertilité (ou l'infertilité) masculine
Un sujet qui a fait les gros titres de la presse la semaine dernière (avec des titres parfois pas très heureux, "Hommes au bord de la crise de sperme", rétrogradé en "La fertilité des hommes menacée", sur le site du Monde). On en reparlera sans doute cette semaine, à l'occasion d'un colloque européen "Environnement chimique, reproduction et développement de l'enfant",et après la diffusion par Arte le même jour de l'enquête "Mâles en péril".
(et puis tout cela tombe très bien puisque je suis censée préparer une présentation sur le bisphenol A et un article sur la "féminisation")
Je ferai sans doute un compte-rendu du documentaire d'Arte, mais en attendant, voici un peu de lecture :
- Moins de spermatozoïdes : des substances soupçonnées, Le Figaro, 19/11/2008.
- La fertilité des hommes menacée, Le Monde, 21/11/2008.
- Interview de Nathalie Kosciusko-Morizet, Metro, 19/11/2008.
- La reproduction humaine est menacée par la chimie, interview de Bernard Jégou, Pierre Jouannet et Alfred Spira, Le Monde, 24/11/2008
- Site du documentaire "Mâles en péril", Arte - avec des extraits vidéos, le point de vue des réalisateurs, mais aussi des informations complémentaires sur les substances incriminées, sur le programme Reach, des conseils, des livres et des liens.
Et à voir, donc :
Mâles en péril, documentaire de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade (ARTE France/Point du Jour, 2008) le mardi 25 novembre 2008 à 21h00 sur Arte
Normalement, le documentaire sera disponible gratuitement pendant 7 jours après sa diffusion sur www.arte.tv/plus7.
Et aussi, sur le thème de la contamination chimique :
Homo toxicus, de Carole Poliquin, Canada, 2008.
05 juillet 2008
Le radeau de la monnaie - Cie la Tribouille
Je vous recommande cette pièce que j'ai vue ce soir dans le cadre des Dialogues en Humanité (qui ont l'air par ailleurs fort sympas !) C'est le deuxième volet (sur trois) d'une adaptation théâtrale du rapport ministériel de Patrick Viveret sur la redéfinition de la richesse. Le spectacle est non seulement pédagogique, mais aussi vivant et très drôle ; il aborde les problèmes liés au système monétaire actuel ainsi que les monnaies alternatives.
Deux autre représentations sont prévues à Lyon samedi 5 et dimanche 6 juillet à 20h30, au Palais des Congrès de Lyon (c'est fléché à partir du festival, qui a lieu au Parc de la Tête d'Or, porte des Enfants du Rhône). L'entrée est libre et le spectacle est suivi d'un débat.
Pour les non-Lyonnais : surveillez les dates sur le site de la compagnie !
Site de la compagnie La Tribouille : http://latribouille.free.fr/
Site des Dialogues en Humanité : http://dialoguesenhumanite
Synopsis :
Bienvenue au grand jeu monétaire !
Quand tous les spectateurs sont installés, un dernier spectateur souhaite payer son billet de théâtre
avec… des pommes !
La question, anodine en apparence, révèle rapidement les liens épidermiques que nous entretenons avec la monnaie. Le conflit prend rapidement des proportions à la
mesure de la place qu'occupe la monnaie dans nos vies : unité de compte, moyen d'échange, réserve de valeur et… catalyseur de notre psychose maniaco-dépressive
!
Nous entretenons consciemment ou inconsciemment des liens quasi-fétichistes
avec la monnaie.
Sa dématérialisation progressive a transformé sa conception et son utilisation
et sa privatisation croissante la détache de sa fonction originelle pacificatrice.
Entre désir et rejet, entre confiance et méfiance, l'utilisation d'un moyen d'échange entre les êtres humains est pourtant fondamentale…
13 mai 2008
Amalya
Deux bonnes nouvelles ce soir en rentrant : la loi sur les OGM qui n'est pas passée (dans tous les media), et Amalya en finale (ci-dessous)
Amalya, c'était une copine de lycée et depuis, je suis par intermittence ce qu'elle fait. J'ai apporté ma goutte d'eau en votant pour elle lors de la demi-finale du tremplin keolis, et aujourd'hui, elle est en finale !
J'aime bien sa voix et ce qu'elle en fait (pop-rock, soul, gospel...). Vous pouvez écouter deux extraits de son art sur cette page. Si vous aussi êtes touchés par sa musique, votez pour elle ! (sans inscription, jusqu'à une fois par jour et jusqu'au 27 mai)
Plus de titres sur son MySpace.
27 avril 2008
Qu'est-ce qu'on va faire de toi ? - Alister
Spéciale dédicace à mes parents...
Alister - Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?
envoyé par alister
Qu'est ce qu'on va faire de toi ?
Qu'est ce que t'as dans la tête ?
Tu ne sais que danser,
Tu ne sais que contester.
[REFRAIN]
Qu'est ce qu'on va faire de toi ?
Qu'est ce que t'as dans la tête ?
Tu ne sais que danser,
Tu ne sais que rater ta vie.
Qu'est ce qu'on va faire de toi ?
Qu'est ce que t'as dans la tête ?
Tu ne sais que danser,
Tu ne sais que sortir de chez toi.
On va faire de toi un homme.
On va faire de toi, une femme.
On va t'utiliser pour des Crash-Test, on va te présenter à des derviche tourneurs.
On va bloquer ton compte, on va te dire les astres, on va détartrer tes dents.
On va te saupoudrer de saccharine, on va encadrer des photos dans ton salon et on va t'appeler les urgences.
Alors ...
[REFRAIN]
On va t'occuper avec des sitcoms, on va t'occuper avec ton sur-moi.
On va t'occuper avec des diplômes, on va t'aveugler avec des larmes
On va t'aveugler avec ta libido, on va débrancher tes neurotransmetteurs.
On va te divertir avec des sosies, on va te divertir avec des BPM.
On va penser à toi avec des cernes, on va penser à toi avec des SMS, on va penser à toi avec des air-bag, on va t'envoyer en l'air. Ouais. (de romances nerveuses)
On va t'inoculer de l'allégresse, on va t'injecter de la graisse. On va te faire des promesses, on va renier ton étoile.
On fera de toi une victime collatérale, on te coulera dans le macadam.
On va te diviser en pixels, on va multiplier ton quotient intellectuel, on va rappeler tes anciens amis, on va leur dire que tu filtres.
On va changer ton théorème, on va trouver quelqu'un qui t'aime, on va trouver quelqu'un qui t'aime, on va trouver quelqu'un qui t'aime.
Qu'est ce qu'on va faire de toi ?
Qu'est ce que t'as dans la tête ?
De quoi as-tu envie ?
De quoi as-tu besoin ?
On va t'aimer, sans condition
On va t'aimer, sans raison
On va t'aimer sans fin
On va t'aimer, saaans fond.
08 avril 2008
Partir pour être solidaire ? (notes de lecture)
Ce guide d'une centaine de pages pose et fait se poser des questions importantes à tous les "candidats au départ". Pourquoi partir (réfléchir à ses motivations profondes) ? Avec quel statut et dans quelle structure ? L'aide est-elle adaptée ? Et s'il valait mieux ne pas partir ?
Je le conseille bien sûr à tous ceux qui seraient tentés de partir pour une mission humanitaire ou de solidarité internationale, mais aussi à ceux qui se posent simplement des questions sur cette thématique (humanitaire, solidarité, développement...) ou qui partent comme touristes !

Partir pour être solidaire ?
D. Delhommeau, M. Groshans,
F. Materne, S. Chastang
Ed. Ritimo, juin 2007
ISBN : 2-914180-29-2
112 pages, 6 €
Le guide s'organise autour de quatre parties :
- Pourquoi partir ? (connaître ses motivations ; plutôt urgence ou développement ?)
- Comment partir ? (volontariat - les différents statuts, bénévolat, salariat, chantiers, tourisme solidaire, stages et échanges universitaires, monter un projet)
- Le temps du voyage (préparation, séjour, retour)
- Et si l'objectif était de changer le monde ? (solidarité ; l'aide en question ; être solidaire ici)
A cela s'ajoutent un test pour connaître son "profil", une liste d'adresse et une bibliographie.
Humanitaire, solidarité internationale, développement....
Si le titre est une question plutôt qu'une affirmation, c'est qu'on trouve de tout (du bon et du beaucoup moins bon) sous l'étiquette "humanitaire". Et que les bons sentiments ne suffisent pas. (L'actualité est venue nous le rappeler récemment.)
Il faut tout d'abord s'interroger soi-même sur :
- ses attentes : motivations, espoirs ; apports de cette expérience ? combien de temps et pourquoi ? but principal = voyage ou solidarité ?
- ses acquis : déjà parti ? dans quel cadre ? déjà engagé dans une association ? connaissances sur les problématiques liées au développement et à la solidarité internationale ?
- ses apports : prêt à faire ici ce qu'on se propose d'aller faire là-bas ? utilité ? compétences ? prêts à fournir quels efforts ?
- ses rapports aux autres : comment considère-t-on les personnes par lesquelles on sera accueilli ?
Puis s'informer : récits de voyage, littérature et cinéma du pays, documentaires et émissions sur l'histoire politique et économique...
Et se former - même pour faire du tourisme, il peut être utile de suivre une formation sur l'interculturalité (qui peut être utile aussi lorsqu'on s'engage dans une association "ici").
Une fois qu'on a fini de se questionner soi-même, il faut faire de même pour les projets et les organismes...
Faire attention à ce que la démarche ne soit pas néo-colonialiste - par exemple, le projet doit être mené en concertation et en coopération avec la population locale. Eviter par contre les organismes qui vendent des séjours estampillés humanitaire qui donnent bonne conscience au touriste-bénévole mais qui n'apportent rien ou font plus de mal que de bien sur place - à l'extrême, on a les gap-years à l'anglo-saxonne où les volontaires, entre le lycée et l'université, débarquent avec ipods et appareils photos numériques plus pour s'amuser qu'avec un projet personnel.
Même pour le projets sérieux, il reste la question : "est-ce qu'un autochtone pourrait faire ce travail à ma place ?" Et bien souvent la question est oui. Seulement, "il arrive que des responsables de projet demandent à bénéficier du travail des volontaires parce qu'il n'ont pas l'argent pour payer un autochtone qui soit aussi qualifié. C'est une situation dramatique mais il faut la regarder en face. Il y a en Colombie, en Bolivie, des ingénieurs qui pourraient faire le travail du volontaire..." (René Thiel, Coopération Amérique latine).
Tourisme solidaire
"Si les touristes se posaient quelques questions, on éviterait souvent le pire. Sur le dos de qui brade-t-on la semaine en Tunisie à 150 euros ?" (Françoise Alaoui, Faim développement magazine n°213, CCFD, mai 2006)
Les maux du tourisme :
- environnement : transports, bétonnage des côtes, pression sur les ressources en eau (piscines, golfs).
- économie / social : bénéficie le plus souvent à des entreprises du Nord alors que le personnel sur place est sous-payé.
- culture : les modes de vie locaux considérés comme des biens de consommation.
Les réponses d'un tourisme responsable :
- travail et denrées payés à leur juste valeur ; bénéfices aux entreprises locales.
- parfois, un pourcentage du prix payé par le touriste est investi dans un projet de développement.
- rencontre entre les voyageurs et les populations locales.
- respect de l'environnement et des ressources locales.
Le tourisme responsable reste du tourisme : il ne questionne pas la marchandisation des réalités sociales et naturelles... L'attitude consumériste demeure souvent : la préparation au départ et les rencontres locales n'intéressent pas forcément les voyageurs. Il y a encore peu d'initiatives conçues ou portées par les populations locales. Et enfin, comme pour tout, il faut se méfier de la récupération de ce concept dans un but de marketing.
Pour éviter le "voyage jetable", il faut y accorder le temps et la préparation nécessaire : connaître l'histoire, la géographie et la culture du pays pour savoir qui on va rencontrer ; ne pas multiplier les "sauts de puce".
Sur le don
"L'extraordinaire progression de la cause humanitaire dans l'opinion publique n'est pas seulement un phénomène positif. Elle est aussi le symptôme d'une régression des idéaux collectifs et de la rationalité politique au profit de réaction sentimentale immédiate, visuelle." (Jean-Christophe Ruffin, L'aventure humanitaire, 1994)
L'aide matérielle semble être la manière la plus concrète d'agir. Cependant, là aussi, les bonnes intentions débouchent parfois sur des aberrations.
Le don doit se baser sur une demande. Sinon, il risque d'alimenter les décharges ou de déstructurer une économie locale, souvent déjà fragile. Si l'on veut apporter une aide matérielle, mieux vaut acheter sur place : cela évite les transports (frais et pollution) et fait fonctionner l'économie locale.
De plus, le don, s'il valorise la personne qui donne, rend redevable, et parfois dépendant la personne qui reçoit.
Apprécions-nous toujours l'aide que d'autres prétendent nous apporter ?
"Souvent, l'image de dénuement nous conduit à penser : quoi que nous donnions, "c'est mieux que rien" mais bien souvent en réalité : "rien, c'est mieux que n'importe quoi." " (Bioport)
Une touche plus positive - pour sortir des rapports unilatéraux Nord-Sud, pourquoi ne pas développer des programmes d'aide Sud -> Nord ? Par exemple, le regard d'un Africain sur la question des personnes âgées dans nos pays développés pourrait amener de nouvelles solutions...
Je vous rassure, ce guide ne fait pas que fustiger le fait de partir pour être solidaire ou l'aide internationale - seulement, j'ai insisté sur quelques aspects négatifs et questions qui m'ont fait réfléchir. La solidarité entre les peuples est quelque chose de merveilleux, ce n'est pas parce qu'on est jeune et sans formation spécifique qu'on ne peut pas être utile, mais il faut rester réaliste et modeste, et surtout dans une démarche de partenariat - et pas de paternalisme.
Une citation pour finir :
"Les deux malédictions du voyageur sont l'enchantement et l'indignation. Les deux aveuglements, les deux façons de passer à côté. Je n'ai jamais rencontré un voyageur assez sage pour se prémunir contre ces deux malédictions. J'en conclus que voyager, c'est passer à côté." (Daniel Mermet, Là-bas si j'y suis, Carnets de route, La Découverte, France Inter 1999)
Le site de Ritimo (réseau des centres de documentation et d'information pour le développement et la solidarité internationale), qui édite ce guide : www.ritimo.org
Ritimo a consacré des guides pratiques sur le même modèle que celui-ci aux questions du tourisme et du don :
Vacances, j'oublie tout ? Ritimo. Mars 2005. 52 pages. 5 euros.
Le don, une solution ? Ritimo, Cap Humanitaire, Peuples solidaires. Juillet 2006. 96 pages. 6 euros.
27 mars 2008
Le Maître et Marguerite
Sympathy for the devil, des Rolling Stones (1968), Pilate de Pearl Jam (1998), Love and Destroy de Franz Ferdinand (2004) - le point commun entre ces trois chansons ? Elles ont été inspirées par le roman de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite (1940).
Ce roman, c'est une satire politique, une réflexion philosophique, trois intrigues mêlées, de l'absurde, de la poésie, de l'humour, le travail de 12 années (4 versions). Depuis sa création, il a été purgé, a circulé sous le manteau, déchaîné les passions, inspiré des musiciens, des metteurs en scène...
J'ai lu ce roman il y a plusieurs années et il reste l'un de mes préférés. Je l'ai d'ailleurs proposé pour un bookring* sur le forum francophone du BookCrossing. Si vous ne l'avez pas lu, vous pouvez toujours vous inscrire, si le cœur vous en dit !
Un beau site sur ce livre (en anglais, français, russe, néerlandais) : http://www.masterandmargarita.eu/
* bookring : "chaîne de lecture" en français.
17 mars 2008
Le Monde selon Monsanto
Ce documentaire de Marie-Monique Robin est passé sur Arte mardi 11 mars. Mais comme je n'ai pas la télé, je l'ai vu en ligne, ce week-end, où l'on peut encore le consulter gratuitement jusqu'au mardi 18 mars (demain !)
Aujourd'hui, Monsanto, géant de l'agro-alimentaire, est connu partout dans le monde pour ses semences transgéniques - et pour cause : 90% des OGM cultivés sur terre lui appartiennent.
Mais Monsanto, créée en 1901 à Saint-Louis, Missouri, est à l'origine une des plus grandes compagnies chimiques du XXe siècle. C'est elle qui a commercialisé entre autres l'agent orange, l'hormone de croissance bovine, les PCB (pyralène) - tous liés à des scandales sanitaires et/ou environnementaux.
Les PCB ont été interdits au début des années 1980 quand leur toxicité a été révélée, mais on en retrouve encore actuellement à des taux préoccupants dans certains cours d'eaux (comme le Rhône) en raison de leur faible biodégradabilité. La toxicité des PCB a été cachée pendant des décennies par Monsanto - dans un document interne de 1937, on lit que les expositions aux PCB entrainent des effets toxiques sur tout l'organisme et des éruptions cutanées de type acnée.
Anniston, Alabama. Dans cette ville où Monsanto a par le passé produit des PCB, la population restante (principalement afro-américaine) a aujourd'hui des taux sanguins de PCB jusqu'à 100 fois plus élevés que le standard mondial de 2 parties par milliard, et les habitants souffrent de diabètes, meurent de cancers et d'hépatites (les autres effets avérés des PCB sont des perturbations de la thyroïde et des hormones sexuelles, la diminution du QI de la descendance). Après la plainte déposée par les habitants d'Anniston en 2001, Monsanto a versé des compensations mais aucun dirigeant n'a été poursuivi. Il semble donc qu'il soit rentable de garder ce genre de secrets, puisque les compensations ne représentent qu'une fraction du bénéfice réalisé avant que n'éclate la vérité ! (Toujours dans les archives internes de Monsanto, on peut d'ailleurs lire "Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre 1 dollar de vente")
Voilà comment débute le film.
Je vous invite à voir le film (ou à lire le livre) pour le reste : toxicité du Roundup, falsification des études, pressions sur les scientifiques "lanceurs d'alertes", liens entre Monsanto et la FDA (Food and Drug Administration - autorité délivrant les autorisations de mise sur le marché aux Etats-Unis), problèmes commerciaux et environnementaux liés à la dissémination, l'augmentation de résistance des insectes due à l'utilisation des plantes Bt - and much more !
La réalisatrice n'a pas pu obtenir de rendez-vous avec Monsanto depuis qu'elle enquête.
Vous vous doutez bien qu'un tel brûlot a du provoquer des "réactions" du camp adverse. Par exemple sur le site de l'AFIS (Association Française d'Information Scientifique). Marie-Monique Robin répond aux critiques point par point sur le blog du film. D'autres sites ont répondu à l'AFIS.
Sur Le Monde selon Monsanto
Voir le film
- en ligne (jusqu'au 18 mars)
- en vidéo à la demande
- à la télé : rediffusions par arte sur la TNT lundi 31 mars à 3h00 et samedi 19 avril à 9h45
- en DVD
Le débat qui a suivi la diffusion du film sur arte
Retranscription d'un chat avec Marie-Monique Robin
Sur les OGM
Vidéo d'une conférence très complète de Christian Vélot
Des vidéos du GMTV de Raffa :
- Argentine, le soja de la faim
- Le bien commun, l'assaut final
- Le pollen de la discorde
- et bien d'autres...
Comment (ré)agir ?
La réalisatrice rappelle à la fin du film que Monsanto, c'est aussi 18000 salariés dans 50 pays, des bénéfices d'un milliard de dollars, et derrière, des actionnaires, des fonds de pensions, des banques. Par ce aspect, nous sommes tous responsables. (Je vais aller vérifier pour ma banque... et j'ai dans mes résolutions d'ouvrir un livret et/ou un compte dans une banque éthique, la Nef).
Pour les actions en cours sur les OGM, je vous renvoie au blog d'Hapy : Une petite graine verte
Soutien aux lanceurs d'alerte, sur le blog de Raffa : Le Grand Ménage
14 mars 2008
De l'agro-industrie aux circuits courts
Conférence de Primevère 2008, toujours... et contrepoint de mon article d'hier !
En guise d'introduction, je vous propose mon article sur le film L'assiette sale.
Ou encore ces quelques faits rapportés par Hannes Lammler (de l'association Longo Maï et auteur de ChickenFlu Opera, ou le capitalisme aux oeufs d'or) et Gérard Leras (agriculteur à la retraite, et des Verts de la région Rhône-Alpes)
- Sur la planète, deux multinationales contrôlent la diversité génétique des poules pondeuses. Les oeufs achetés partout dans le monde sont donc contrôlés par ces deux firmes. C'est le résultat de la concentration qui a eu lieu entre les épidémies de grippe aviaires de 2003 et 2006, qui ont forcé "les plus faibles" à fermer boutique. (Paradoxalement, cela fragilise cette industrie face aux risques de grippe aviaire : imaginez que l'une des deux firmes soit atteinte...)
- Les serres d'Almeria. Vous n'en avez peut-être jamais entendu parler, mais si vous achetez des tomates ou des courgettes en ce moment, il y a de fortes chances que ce soit de là qu'elle viennent. Entre les conditions de travail des ouvriers agricoles, les pesticides et engrais nécessaires à ces cultures hors-sols (dans de la laine de roche !), les quantités astronomiques d'eau nécessaires, dans cette région pourtant sèche, l'Andalousie (il y a un projet d'y acheminer de l'eau du... Rhône !), les 1000 camions qui en partent chaque jour... il y a de quoi regretter sa salade de tomates sans goût ! [Je rappelle qu'on voit tout ça dans We feed the world (eh oui, encore !)]
Les solutions, les voici : acheter des produits de saison, locaux, si possible aux producteurs eux-mêmes, si possible bio ! Gérard Leras nous fait un inventaire rhône-alpien.
- La vente à la ferme. A titre d'exemple, en Rhône-Alpes, il existe 180 points de vente à la ferme, et 72 points de vente collectifs (magasins gérés par les producteurs vendant en plus des produits en dépôt)
- Les AMAP (Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne). Plusiseurs foyers d'une même ville ou d'un même quartier se regroupent pour acheter directement la production (ou une partie) d'un ou plusieurs paysans, le plus souvent issue de l'agriculture biologique. Actuellement en Rhône-Alpes, 72 fonctionnent et 30 sont en construction (rythme de croissance encourageant !)
- Les marchés, on n'y pense pas assez ! Encore faut-il distinguer les producteurs des revendeurs (ceux qui ont des oranges ou des mangues, des fruits rouges dès février, des légumes toujours très "beaux" !) . En Rhône-Alpes, il existe 22 marchés bio, 80 marchés uniquement de producteurs, 1000 marchés qui accueillent des producteurs.
Des chiffres encourageants mais c'est encore trop peu : en Rhônes-Alpes, 4% des exploitations (en bio, 15%) font de la vente directe (de produits "bruts" et éventuellement transformés).
Gérard Leras expose le cas du marché du quartier Villeneuve à Grenoble, qu'il a contribué à fonder dans ce quartier défavorisé. Le marché a contribué ) la vie du quartier : les producteurs et les habitants ont organisé des repas de quartier, des relevés de prix dans les grandes surfaces (verdict : certains produits sont plus chers au supermarché, d'autres sont plus chers au marché, au final ça s'équilibre !), des visites d'exploitation, des débats...
Finalement, les circuits courts permettent :
- aux producteurs : de mieux vendre, de mieux valoriser ses produits ;
- aux consommateurs : de mieux manger ;
- à tous : de renforcer les liens sociaux, les liens ville-campagne ou campagne-campagne, la vie politique et citoyenne...
13 mars 2008
L'assiette sale, des OMI aux AMAP
Je suis encore dans mes comptes-rendus du salon Primevère. Pour changer des conférences, voici les notes que j'ai prises au cours du film L'assiette sale, que je vous encourage à voir si vous en avez l'occasion !
Chaque année, les Bouches-du-Rhône accueillent 5000 ouvriers agricoles étrangers saisonniers, les "OMI" (pour Office des Migrations Internationales). En pleine saison, ils représentent 25% de la main d'oeuvre agricole ; sans eux, l'agriculture de ce département n'existerait pas. Ils sont logés dans des conditions effroyables (logements insalubres à même la terre avec cloisons en carton, sanitaires vétustes et souillés, eau non potable... - payants !). Ils travaillent en contact avec des produits phytosanitaires dangereux, qui provoquent nausées, céphalées, et dont les conséquences à long terme sont inquiétantes (cancers, Parkinson...). Ainsi, certaines substances reconnues comme cancérigènes ou toxiques pour la reproduction par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) sont couramment utilisés dans l'agriculture en France. Malgré celà, ayant passé x années en France, ils n'ont souvent pas droit à une couverture santé satisfaisante de retour dans leur pays.
De 1950 à 1990, l'agriculture industrielle, celle-la même qui exploite les "OMI", a multiplié par 40 les quantités de pesticides, pour des pertes identiques (d'après Jean-Pierre Berlan, chercheur à l'INRA). Les pesticides, hormones, engrais abondamment utilisés se retrouvent dans notre alimentation, dans les nappes phréatiques, dans le bois (des arbres fruitiers par exemple), dans l'atmosphère puis dans les pluies quand ce bois est brûlé...
Du côté du consommateur, ce n'est guerre mieux. Outre la quantité de pesticides ingérés, c'est aussi le prix des produits qui a augmenté lors du dernier demi-siècle (et encore très récemment...). Le 1er Leclerc ouvre en 1949 en France, sur une surface de 50 m². A l'époque, entre le producteur et le distributeur, on compte 10 à 12 intermédiaires, nous rappelle Christian Jacquiau, auteur de "Les coulisses de la grande distribution". Le rapport du prix d'achat par le consommateur sur le prix de vente du producteur est de 1:4. Aujourd'hui, un seul intermédiaire subsiste, la centrale d'achat. Le rapport de prix aurait dû diminuer ? Que nenni, il est passé à 1:5 voire 1:6 (et récemment, on a eu des exemples à 1:8 avec des salades achetées à 15-20 centimes pièce aux producteurs et revendues à 1,50 euros par les acteurs de la grande distribution). Pour rester compétitifs, les producteurs vendent en-dessous du prix de revient... ou mettent la clé sous la porte. La France perd ainsi 30000 agriculteurs chaque année, soit 1 couple toutes les 20 minutes !
Cette agriculture que l'on soutient en fréquentant les supermarchés, est donc une catastrophe écologique, humaine, sociale.
En fait, le client des enseignes de la grande distribution paye trois fois le produit qu'il achète :
- le prix affiché ;
- les subventions compensatoires accordées aux agriculteurs par la PAC (politique agricole commune européenne) à partir de l'argent public ;
- les compensations aux dégâts sociaux engendrés (par exemple la prise en charge par l'assurance maladie des troubles de santé engendrés par la pollution agricole). Un exemple peut-être anecdotique mais frappant : lorsque l'insalubrité des logements mis à disposition des ouvriers saisonniers étrangers est constatée, si l'exploitant agricole refuse de mettre aux normes, les "OMI" sont relogés (dans des foyers...) aux frais de l'Etat.
Malgré tout, il existe des solutions... L'agriculture biologique, les "circuits courts" ou le consommateur achète directement au producteur (marchés, paniers bios, AMAP...) - autant de solutions respectueuse de l'environnement, mais aussi de l'humain (producteurs, des consommateurs, lien social).
Mais je laisse ouvert ce volet jusqu'au prochain numéro !
L'assiette sale, documentaire réalisé par Denys Piningre (2006, 80 mn) http://www.galopinfilms.com/spip.php?article65
La page agenda du site n'est pas à jour actuellement, mais pour les Grenoblois, j'ai trouvé une projection-débat en présence du réalisateur, dans le cadre du Festival Ethno et Ciné, autour de la thématique "Monde du travail", le 25 mars 2008 à 18h, Bibliothèque Kateb Yacine (Centre commercial Grand'Place). Plus d'info sur le site de la BM.
Les autre films projetés à Primevère 2008 :
- Alerte à Babylone. Jean Druon. Voir et Agir.
- Le beurre et l'argent du beurre. Philippe Baqué et Alidou Badini. Sur le commerce "équitable" du beurre de karité.
- Braves gens n'ayez plus peur. Collectif Panic! Sur l'obsession sécuritaire. Film téléchargeable sur le site du collectif.
- Bure : tous n'ont pas dit oui. Réseau sortir du nucléaire.
- La double face de la monnaie, Le pourquoi des monnaies alternatives dans un monde où l’argent est roi. Vincent G, Jérôme Polidor, La Mare aux Canards
- Notre pain quotidien. Nikolaus Geyrhalter, KMBO Films
- Le silence de nanos.
- Volem rien foutre al païs. Pierre Carles, Christophe Coello, Stéphane Goxe. Site officiel du film. Je l'ai vu à Primevère. Un film sur le travail, sa valeur, son refus. Travailler : pourquoi / pour quoi ? Film intéressant, absolument pas dogmatique contrairement à ce que je redoutais ; il pose des questions, invite à la réflexion.
- We feed the world - Le marché de la faim. Erwin Wagenhofer. Site officiel du film. J'en avais parlé sur ce blog.













