Le Monde de Véro

bloc-note écolo et solidaire

20 mars 2008

Pourquoi je suis devenue végétarienne

Le 20 mars de chaque année, dans le monde entier, les associations de promotion du végétarisme organisent une journée sans viande. Parmi les nombreuses questions que l'on peut se poser à propos du végétarisme, j'ai décidé de répondre à une seule - "pourquoi être végétarien ?" - à travers mon cheminement vers ce régime alimentaire... Pour toutes les autres questions et clichés usuels (carences, cri de la carotte, etc), je vous renvoie aux liens en fin d'article.


Quelques définitions pour commencer
- non, les végétariens ne consomment pas de poisson ; non, ils ne mangent pas non plus que des légumes :D !

Un végétarien ne mange pas de chair animale, que ce soit viande rouge, volaille, jambon, poisson, fruits de mer, etc. Il "reste" les œufs, les produits laitiers, les céréales, les légumineuses, les fruits et légumes...

Un végétalien est un végétarien qui ne consomme aucun produit d'origine animale. Il exclut donc en plus les œufs, les produits laitiers, le miel.

Une personne vegan exclut les produits d'origine animale non seulement de son alimentation, mais aussi de son habillement (cuir, laine), et de tous les produits qu'elle achète.

En anglais :
vegetarian, veggie : végétarien.
vegan : végétalien, vegan.


Pourquoi je suis devenue végétarienne
- par ordre chronologique de prise de conscience


Pour l'environnement

[Pour les chiffres cités dans cette partie, je me suis basée sur une excellente synthèse de 2006 du site de la FAO.]

Selon un rapport de 2006 de la FAO (Organisation des Nations Unis pour l'Alimentation et l'Agriculture) Livestock's long shadow (résumé ici), l'élevage est l'une des causes principales des problèmes d'environnement les plus pressants, à savoir le réchauffement de la planète, la dégradation des terres, la pollution de l'atmosphère et des eaux et la perte de biodiversité. Le rapport estime notamment que l'élevage est responsable de 18% des émissions de gaz à effets de serre.

Pour produire 1kg de blé, il faut 1000 litres d'eau ; pour le même poids de bœuf, il en faut 100 fois plus, soit 100 000 litres par kilo (source : The No-nonsense Guide to Climate Change, Dinyar Godrej). Comment se fait-ce ? Tout simplement, le bœuf vient après les céréales dans la chaîne alimentaire. La nourriture du bétail nécessite énormément de céréales, généralement abondamment irriguées. Ainsi, la FAO estime que la production animale consomme plus de 8 % de l'eau utilisée par l'Homme à l'échelle mondiale.

Les impacts de l'élevage sur la pollution de l'eau sont également conséquents : déchets animaux, antibiotiques, hormones, produits chimiques des tanneries, engrais et pesticides utilisés pour les cultures fourragères, sédiments des pâturages érodés sont retrouvés dans les réservoirs d'eau. Toujours selon la FAO, aux Etats-Unis, l'élevage et l'agriculture fourragère sont responsables de 37 pour cent de l'utilisation de pesticides, de 50 pour cent de celle d'antibiotiques, et d'un tiers des charges d'azote et de phosphore dans les ressources en eau douce.

De plus, l'élevage de ruminants (bovins, ovins, caprins) est responsable d'émissions de méthane (un des principaux gaz à effets de serre) pas du tout négligeables : près de 40 % du méthane d'origine anthropique provient de ces "pets de vaches". Je cite encore une fois la FAO : si l'on prend en compte l'ensemble de la filière élevage (de la production fourragère ou de la pâture, jusqu'à la transformation de la viande), elle représente 9 % des émissions anthropiques de dioxyde de carbone et engendre des émissions bien supérieures d'autres gaz ayant un potentiel de réchauffement de l'atmosphère: 37 % de méthane anthropique, pour la plupart provenant de la fermentation entérique des ruminants, et 65 % d'hémioxyde d'azote, découlant principalement du fumier.

GES_dans_l_assiette_Jancovici
www.manicore.com

En Amazonie, quelques 70% des terres boisées servent aujourd'hui de pâturages, et les conséquences en terme de déboisement sont moins anodines qu'il paraît. L'extension des cultures fourragères, souvent destinées au bétail des pays occidentaux, accélère la déforestation. Ailleurs, le surpâturage entraîne érosion et compaction des sols.

Et c'est sans compter la pression sur la biodiversité : les animaux d'élevage constituent environ 20 pour cent de la biomasse animale terrestre totale selon la FAO !


Pour la fin de la faim dans le monde


L'explication est la même que pour le problème de l'eau : pour nourrir le bétail, il faut des protéines végétales (contenues dans les céréales, le soja,...). Mais le rendement de cette la "transformation" de protéines végétales en protéines animales est très faible !

  • 7 calories d'origine végétale donnent 1 calorie sous forme de viande ;
  • 9 kg de protéines d'origine végétale donnent 1 kg de protéines animales.

Avec un hectare, on peut produire 25 kg de protéines de bœuf ou 500 kg de protéines de soja. Or, selon la FAO, le pâturage occupe 26 pour cent de la surface émergée de la terre, tandis que la production fourragère requiert environ un tiers de toutes les terres arables.

Si une population égale à celle des États-Unis réduisaient leur alimentation en viande de 10%, 100 millions de personnes pourraient être nourries correctement avec les produits de la terre ainsi libérée (source : www.ivu.org).

Des spécialistes ont calculé que la Terre pourrait nourrir 12 (voire 15) milliards de végétariens.

De plus, afin de produire les céréales qui nourriront notre bétail, des petits producteurs sont dépossédés et les cultures vivrières sacrifiées (voir ou revoir We feed the world, film de Erwin Wagenhofer).


Pour ma santé

Vous n
'êtes sans doute pas sans savoir que les graisses animales sont plus riches en "mauvaises graisses" : acides gras hydrogénés, cholestérol. En étant végétarien, on en évite une partie (à moins d'être végétalien, il reste celles des œufs, riches en cholestérol, et des produits laitiers).

Par ailleurs, les grands scandales sanitaires du secteur agroalimentaire (comme la "vache folle") concernent surtout les produits animaux. On ne connait à l'heure actuelle aucune maladie transmissible des végétaux à l'homme.

Enfin, certains polluants (PCB, dioxines) se concentrent au cours de la chaîne alimentaire (et notamment dans les graisses). Il est donc, par cet aspect, plus sain de consommer des produits végétaux (qui sont le premier maillon des chaînes alimentaires) que des animaux de fin de chaîne (comme par exemple le thon). De ce point de vue, l'alimentation idéale est végétalienne (voir la figure ci-dessous).

toxiques_dans_mon_assiette
source : cours de I. Pongratz



Pour les animaux

Eh oui, cette raison, qui est sans doute la première à laquelle la plupart des gens pensent, est venue en dernier lieu en ce qui me concerne. Ma prise de conscience a commencé avec We feed the world (Le marché de la faim), et a continué avec quelques autres films (dont Earthlings). En fait, ce n'est pas la mort des animaux qui me dérange, mais leur souffrance dans les élevages industriels. D'ailleurs, je trouve que ces élevages sont aussi asservissants pour les personnes qui y travaillent (travail à la chaîne, vision quotidienne de l'horreur).

Je ne développe pas plus, car cet aspect est généralement le premier (voir le seul) mis en avant par les associations de végétariens et donc bien connu du public !


And more...


Outre ces convictions, deux autres éléments personnels m'ont aidée : je suis allergique aux poissons et fruits de mer, que je n'ai donc jamais consommés ; je n'avais pas un goût immodéré pour la viande non plus.

Toutes ces raisons m'ont amenée à réduire ma consommation de viande, puis à la supprimer totalement de mon alimentation.

J'aurais pu m'arrêter à la réduction de ma consommation de viande (moins d'une fois par semaine) et ne pas devenir végétarienne. J'ai longtemps hésité, mais plusieurs choses m'ont fait basculer du côté du végétarisme  :

  • c'était plus par paresse et par complaisance que je continuais à manger de la viande : c'est plus confortable de garder certaines habitudes, de manger comme tout le monde (notamment chez les autres ; mais j'étais déjà habituée à refuser le poisson), de ne pas avoir à se justifier ;
  • être strictement végétarienne va justement susciter des questions et me permettre d'expliquer pourquoi je le suis (ce que j'ai fait ici) ;
  • il est important que de plus en plus de personnes qui sont végétariennes ou souhaiteraient pouvoir le devenir le manifestent, car ce régime alimentaire gagnerait à être mieux connu en France (pas d'étiquetage des produits, peu de plats adaptés dans la restauration, ne parlons même pas des cantines). Cela profiterait aussi aux personnes qui veulent simplement réduire leur consommation de viande.

Il existe bien sûr d'autres raisons d'être végétarien, notamment religieuses. Je ne vous ai parlé ici que de mes raisons.

En bonus, je vous en propose 36 autres, issues du livre Le Végétarien sans peine, de Gabriel Bertaud.


36 raisons de devenir végétarien
- ne pas tout prendre au premier degré !

  1. Alléger ton âme.
  2. Découvrir de nouvelles saveurs, comme celle de la soupe de miso ou du tofu grillé au coulis d'airelles dans sa papillote de riz basmati.
  3. Epargner les gentils dauphins pris dans les filets des vilains thoniers.
  4. La viande contient quatorze fois plus de pesticides que les végétaux et beaucoup moins qu'une tablette de Baygon.
  5. Diminuer ton taux de cholestérol.
  6. Pouvoir expliquer à tes amis ébahis comment on détruit la forêt vierge pour l'élevage extensif de maigres bêtes promises aux chaînes de restauration rapide.
  7. Apprendre à cuisiner.
  8. Echapper au voyage de fin d'année avec visite d'exploitation moderne - genre poulailler industriel.
  9. Accroître tes chances de ne pas contracter l'encéphalite spongiforme et toutes les nouvelles maladies de la viande.
  10. Dissimuler une anorexie latente.
  11. Te faire des amis dans de sympathiques associations.
  12. Trouver un terrain d'entente avec un grand nombre d'Anglais.
  13. Remercier Dieu d'avoir créé le vin avec des végétaux.
  14. Raconter à ta femme comment sont torturés les petits lapins qui testent ses shampoings trois en un.
  15. Avoir au moins une chose en commun avec Ramanujan (pur génie mathématique indien).
  16. Faire des économies.
  17. Décliner l'invitation de ton beau-père au méchoui annuel de sa concession automobile.
  18. Devenir un sujet de conversation dans de nombreux dîners.
  19. Apprendre à dire "je suis végétarien" en plein de langues.
  20. Découvrir la composition des aliments industriels.
  21. Raconter dans des dîners en ville des histoires atroces d'animaux martyrisés.
  22. Pouvoir porter des sandales en plastique bleu roi toute l'année sous prétexte que tu refuses le cuir.
  23. Trouver la force de refuser à tes enfants toutes sortes de confiseries à la gélatine.
  24. Réduire tes chances d'attraper un cancer du sein, de la prostate, des ovaires.
  25. Ne pas comparaître comme accusé au procès du massacre des grands mammifères.
  26. 90% des espadons contiennent du mercure et une boîte de thon en contient en moyenne 15 microgrammes.
  27. En souvenir de ton premier amour (une militante de l'ALF, Animal Liberation Front).
  28. Si on mange de l'ail, on sent l'ail ; si on mange des animaux morts, ...
  29. Nourrir plus de gens avec plus de végétaux.
  30. Lutter contre le "bon gros sens prolétarien" qui veut qu'un travailleur dépensant beaucoup d'énergie ait besoin de plus de protéines animales qu'un rond-de-cuir dans un bureau.
  31. Attention tout de même, pas de provocation en plein meeting de la CGT ; installer plutôt un stand "La révolution végétarienne" à la fête de L'Huma.
  32. Te faire bronzer en arguant d'un apport indispensable en vitamine D.
  33. Te sentir généreux en offrant à ton cousin ta veste de peau achetée en Italie il y a dix ans.
  34. Projeter Le sang des bêtes, de Georges Franju, à tes amis cinéphiles.
  35. Considérer l'homme comme un OGM du singe.
  36. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, te simplifier la vie.

(Le végétarien sans peine, de Gabriel Bertaud)


Livres (sélection arbitraire et vite faite : ceux que j'ai découverts récemment)

Le végétarien sans peine - philosophie, conseils d'achats, recettes, Gabriel Bertaud, Presses du Châtelet, 2003.
Je ne l'ai pas encore lu, je pense faire un compte-rendu quand ce sera fait !

Manger moins de viande, Garance Leureux, La Plage, 2004.
Petit format, petit prix (5 euros). Conseils diététiques et recettes. Acheté pour offrir.

Un conseil concernant les livres de cuisine :
Préférez les livres écrits par des Français(es), non par chauvinisme, mais parce que les produits seront plus faciles à trouver ! J'ai remarqué en effet que dans les livres traduits de l'anglais, les recettes comportent beaucoup d'ingrédients "exotiques" ou mélangent des légumes de saisons différentes... Si vous êtes soucieux de l'environnement, c'est mieux d'avoir des recettes avec des produits de saison et cultivés localement !


Liens

Les impacts de l'élevage sur l'environnement, par la FAO.

The Meatrix [en] - contre l'agriculture (notamment élevage) industrielle.


Végétarisme, pour commencer

Végétarisme sur Wikipedia et Ekopedia
Kit du végétarien en herbe, par Peta France.
Végétarisme : pourquoi ? comment ? par l'association végétarienne de France
Campagne végétarisme, par One Voice


Associations végétariennes


Association végétarienne de France
vegetarisme.info
(orienté protection animale)
Association suisse pour le végétarisme
European vegetarian union
International vegetarian union


Forums, listes de diffusion

vegetarien_fr, groupes yahoo échanges végétarisme, végétalisme, véganisme
VegeWeb, forum végétarien


Diététique


Guide alimentaire du végétarien, par une diététicienne (Dietobio)
Végétarisme pratique, calcul des apports nécessaires en protéines et acides aminés
Position officielle de l'association américaine de diététique de des diététiciens du Canada au sujet de l'alimentation végétarienne,
association végétarienne et végétalienne d'informations


Recettes
de cuisine

278 recettes végétaliennes, par l'association végétarienne et végétalienne d'informations
Absolutely green, recettes végétaliennes de Virginie Péan
Blog bio, recettes végétariennes d'Anne
Recettes végétariennes sur Dietobio
Recettes végétariennes faciles
Vegan Lunchbox [en], pour déjeuner au bureau ou emporter en pique-nique
Veggiebulle, par une Bordelaise 100 % vegan
VG-Food, "cuisine fine végétarienne"
VG-Zone, par des Parisiens végétaliens

Posté par vero0oo à 22:47 - La vie en vert - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    bonne idée ça ! ;)

    Merci de nous citer, c'est très gentil.
    J'ai ajouter votre blog sur mon site perso http://www.vgpower.fr
    J'aime bien il est intéressant

    Posté par VGpower, 27 mars 2008 à 22:36
  • Impec'

    Merci pour les conseils et les arguments ;-D

    Je ne suis qu'un végétarien en herbe (pas toujours trés reglo pour l'instant, dsl)

    Mais je pourrais engager la conversation plus facilement sur le sujet avec mes proches.

    Posté par Dark-vicies, 18 juin 2010 à 09:25

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